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Des rapatriés mauritaniens du Sénégal donnent un ultimatum de 72h à Mohamed Ould Abdel Aziz

Des rapatriés mauritaniens du Sénégal menacent d’observer une grève de faim si le Chef de l’Etat ne les reçoit pas en audience

Nouakchott (Info2larue)- Des rapatriés mauritaniens du Sénégal ont menacé, lundi matin, lors d’un sit-in devant l’Assemblée Nationale, d’observer une grève de faim si le Chef de l’Etat, revenu aujourd’hui d’un voyage en Afrique du Sud, ne les reçoit pas en audience. Ils ont donné un ultimatum de trois jours à Mohamed Ould Abdel Aziz.

En attendant, ils ont dénoncé les « énormes entraves » qu’ils rencontrent en se présentant devant les bureaux de recensement alors que le gouvernement de Mohamed Ould Abdel Aziz avait promis de leur simplifier les procédures d’enrôlement.

Ci-jointe la déclaration de l’ Union Nationale des Rapatriés Mauritaniens du Sénégal (U.N.R.M.S) faisant ressortir l’ensemble de leurs soucis.

Déclaration

Entre 1989 et 1992, des violations massives de droits humains ont été commises en Mauritanie. Elles se sont manifestées par la déportation de plusieurs milliers de citoyens mauritaniens au Mali, au Sénégal et à travers le monde entier. Ces violations ont été aussi marquées par des exécutions extrajudiciaires, des disparitions, des purges et par des atteintes flagrantes et manquements aux droits fondamentaux.

Cette situation a aussi occasionné des pertes d’emplois suite à des licenciements arbitraires, une spoliation du bétail et de biens matériels, de confiscation des terres et la contrainte exercée sur les victimes afin de les pousser à abandonner toutes activités lucratives.

Apres vingt ans d’exil, les autorités mauritaniennes ont fini par reconnaitre ces violations. Grâce à l’aide de la communauté internationale, elles acceptent d’organiser un retour, sous l’égide de l’UNHCR, des populations déportées et réfugiées au Sénégal.

En prélude à ce retour, des journées de concertation et de mobilisation sur le retour des réfugies mauritaniens ont été tenues à Nouakchott en novembre 2007. Ces journées ont été l’occasion de traduire la reconnaissance de l’existence des réfugiés mauritaniens au Mali et au Sénégal en actes politiques et sociaux forts pour la stabilité de la Mauritanie et le raffermissement de l’unité et de la cohésion de son peuple.

Elles ont constitué aussi, et surtout, le cadre ayant permis la signature d’un accord dit tripartite entre le gouvernement mauritanien, sénégalais et l’UNHCR régissant les procédures de rapatriement effectif des réfugiés mauritaniens au Sénégal et des engagements des parties en vue d’assurer le respect des droits des rapatriés.

Dans cet accord, l’Etat mauritanien s’est engagé, notamment, à :

● disponibiliser des pièces d’état-civil à l’ensemble des rapatriés dans un délai de trois mois après le rapatriement ;

● La restitution ou, à défaut, une indemnisation des biens (bétail, matériel) confisqués lors des évènements de 1989 ;

● La récupération ou la remise des terres spoliées à leurs propriétaires ;

● L’indemnisation et la réinsertion des fonctionnaires de l’Etat et agents parapublics;

● L’indemnisation des orphelins, veuves et ayants droits ;

● la prise en compte effective des préoccupations des rapatriés, notamment des femmes, des élèves et des universitaires qui nécessitent des conditions d’insertion ;

● viabiliser l’eau, l’électricité, des infrastructures sanitaires et scolaires… ;

● L’implication pleine, effective et entière des rapatriés dans toutes les étapes du processus d’insertion.

Le manque de volonté politique de la part l’Etat mauritanien dans le dossier des rapatriés s’est vite manifesté à plusieurs niveaux. Son comportement vis-à-vis des rapatriés à travers leur enrôlement en est la plus actuelle illustration.

En effet, contrairement à ses déclarations publiques, le gouvernement met d’énormes entraves devant les rapatriés se présentant aux bureaux de l’opération d’enrôlement. Par l’exigence de procédures complexes et irréalistes, le recensement de cette population risque d’exclure une bonne partie de ces citoyens mauritaniens déjà longuement éprouvés.

Les rapatriés exclus du recensement sont entre autres les rapatriés ayant laissé l’un ou leurs deux parents au Sénégal ou ceux issus d’un couple mixte (ie : un rapatrié mauritanien marié à une sénégalaise…). Pour leur enrôlement, il est exigé la présence physique des parents ou, à défaut, la présentation des pièces d’état-civil des parents ; ce qui est contraire aux stipulations de l’Accord Tripartite du fait que le choix du rapatriement ou non est l’œuvre d’une volonté individuelle.

En outre, l’enrôlement des naissances durant l’exil ou après le rapatriement est rendu difficile par l’agence de l’état civil. Cette dernière exige des enfants nés au Sénégal, en plus d’un VRF (formulaire de rapatriement dûment vérifié et authentifié par les autorités mauritaniennes), un extrait de naissance pour s’enrôler en tant que mauritaniens.

S’agissant des naissances en Mauritanie après rapatriement, il est impossible de trouver des extraits pour eux vu l’évolution et les blocages, souvent à caractère discriminatoire, au niveau de l’état-civil.

Vu tout ce qui précède, nous exigeons que l’Etat mauritanien honore ses engagements consignés dans l’Accord Tripartite et par lui signés. Nous appelons aussi à ce qu’il y ait un enrôlement juste, transparent, équitable et dépolitisé de l’ensemble des citoyens mauritaniens.

Aussi, nous demandons que seuls le VRF, déjà traité par les autorités mauritaniennes et le certificat d’accouchement servent de base pour l’enrôlement des rapatriés et leurs enfants nés au Sénégal et figurant sur la fiche d’enrôlement de leur(s) parent(s). Pour les enfants nés en Mauritanie, nous ne demandons pas plus que l’application des règles en vigueur, sans aucune discrimination, ni stigmatisation.

Nous demandons, par ailleurs, l’implication des rapatriés dans ce processus d’enrôlement en engageant deux facilitateurs parmi eux dans tous les bureaux d’enrôlement dans les départements d’accueil.

Nous profitons aussi de l’occasion pour dénoncer le népotisme et la gabegie qui sévissent au sein de l’Agence Nationale d’Appui et d’insertion des réfugiés (ANAIR). Si nous disons du népotisme, c’est pour faire allusion au recrutement par lien de parenté ou d’amitié au sein de cette agence. Nous tenons à rappeler, à ce propos, que parmi les rapatriés l’on compte des intellectuels, des diplômés fraîchement sortis des plus hautes universités de la sous-région qui ont des compétences pour servir.

Malheureusement, de la direction centrale de Nouakchott aux antennes de l’A.N.A.I.R éparpillées à travers les régions, on ne peut compter que deux rapatriés comme employés de ladite agence.

Quant à la gabegie, elle se manifeste par le nombre colossal d’employés avec des salaires exorbitants pour des prestations, services et missions inutiles engendrant des frais et dépenses préjudiciables à la mission initiale de l’Agence.

Nous déplorant en outre le fonctionnement et l’organisation de ladite structure qui montrent l’incompétence, l’incompréhension et la dérobation devant les responsabilités de son personnel.

Les rapatriés, dans leur ensemble, vivent des conditions déplorables depuis le début du rapatriement jusqu’à nos jours.

Ainsi, nous demandons à ce qu’il y ait plus d’intermédiaires ou d’interlocuteurs  entre les rapatriés et les autorités étatiques ou les donateurs et bonnes volontés disposées à intervenir dans le volet de l’insertion.

Enfin, nous lançons un appel à Monsieur le Président de la République, aux personnalités politiques nationales, à l’opinion internationale, aux organisations nationales de la société civile, notamment la presse, les ONG des droits humains et de développement et à l’ensemble des bonnes volontés afin qu’une attention particulière et un suivi régulier soient réservés au dossier des ex-réfugiés mauritaniens rapatriés du Sénégal.

Nouakchott, le 09.01. 2012

Ibrahima Amadou NDiaye

Tel : 44.67.00.32/26.21.55.19

E-mail : rapatriesu@yahoo.fr

Toute reprise d’article ou extrait d’article devra inclure une référence à www.info2larue.wordpress.com

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