Accueil > A la Une > Sy Mamoudou, rescapé d’Inâl et auteur du livre « L’Enfer d’Inâl » : « Je n’ai de haine contre personne même contre celles qui m‘ont torturé. Mais, je suis assoiffé et j’ai faim de justice »

Sy Mamoudou, rescapé d’Inâl et auteur du livre « L’Enfer d’Inâl » : « Je n’ai de haine contre personne même contre celles qui m‘ont torturé. Mais, je suis assoiffé et j’ai faim de justice »

 

Sy Mamoudou, rescapé d’Inâl et auteur du livre "L’Enfer d’Inâl"

« Je remercie Dieu de m’avoir donné la vie aussi longue pour pouvoir assister à ce voyage. Je n’aurai jamais cru ou pensé, qu’un jour, je remettrai les pieds à Inâl. Grâce à Dieu, à votre volonté, à votre pugnacité, à votre persévérance, on est là aujourd’hui. Cela, comme l’a dit Maimouna Alpha Sy, est une victoire dans le combat pour le rétablissement des droits humains. C’est une victoire. C’est une première étape. J’espère qu’il va y avoir d’autres victoires dans ce sens-là.

Il y’a 21 ans, des choses se sont produites ici. Il y’a eu des gens qui ont saigné ce pays-là, en travestissant son indépendance, la date souveraine de ce peuple. Ces gens ont fait du tort à tout le monde. Ils ont fait du tort aux victimes. Ils ont travesti notre fête d’indépendance. Ce n’est plus une fête. Ils ont causé du tort à leurs propres enfants, aux enfants des victimes. J’aime bien à le répéter pour que ce soit entendu par tous : on est tous d’accord que les gens sont responsables de leurs actes et que les enfants des tortionnaires ne sont pas comptables des actes de leurs parents. Donc, si, quelqu’un est indexé soi-disant : ça, c’est le fils du traître ou de l’assassin, lui, il n’y est pour rien et il n’est pas comptable de l’acte qui a été commis par son père.

On a blessé tous les mauritaniens et aujourd’hui, il y’a trop de remontée à la surface des scènes que nous avons vécues à Inâl.  Je ne peux pas dire que je suis heureux, que je suis joyeux. Non pas du tout ! Il ne s’est pas passé une nuit ici, il ne s’est pas passé un jour ici, il ne s’est pas passé une seconde ici, sans qu’on entend des cris, des pleurs où voir quelqu’un qu’on trainait parce qu’il était mort.

Ça s’est passé du mois de novembre jusqu’au mois de décembre, le temps qu’on a passé ici. On est arrivé ici à 250 personnes et il en est reparti d’ici seulement 96 personnes. Les 154 personnes sont restées là. Donc, je ne peux pas dire que revenir aujourd’hui ici, ça me fait plaisir, pas du tout. Mais je me réjouis de voir qu’il y’a des maures, des haratines, des halpoulars, des soninkés et des wolofs ici. Il y’a tout le monde ici. Ça veut dire qu’on peut reconstruire quelque chose ensemble si l’on veut. Ça, c’est un groupe qui ne fait pas peut être cent ou trente personnes. On dira que cela ne représente rien par rapport à la Mauritanie. C’est le pas qui a été franchi qui est important. Le baobab, il est grand mais c’est une petite graine qu’on enterre et qui le fait pousser.

Donc, aujourd’hui on a semé ça, qui sait qui verra les récompenses de la moisson, peut être que ce sera nous, si on a de la chance, sinon nos enfants en bénéficieront. Je souhaiterais que cette action que nous venons de faire puisse contribuer à la solidarité nationale. Et il ne peut pas y avoir de cohésion véritable, si ce problème là n’est pas lavé. Il faut qu’on passe sur ce problème et qu’on éclaircisse ce qui a été fait, qu’on se dise la vérité. Les responsables qu’ils soient indexés. S’il y’a des sanctions à faire qu’ils soient sanctionnés. Mais sanction ne veut pas dire vengeance. On n’a pas besoin de vengeance. On n’est pas là pour la haine. On ne déteste personne. Moi, personnellement, je n’ai de haine contre personne, même contre les personnes qui m‘ont torturé. Mais je suis assoiffé et j’ai faim de justice.

Je voudrais que la victime puisse venir ici librement se recueillir sur le lieu sans avoir à subir tous les contrôles lorsqu’on venait ici. J’admire votre courage, j’admire cette ténacité parce que vous avez bravé les barrières des policiers, des gendarmes. Rien ne vous a découragé et vous êtes venus jusqu’à là.  Il faut que cela puisse se reproduire chaque fois et que nous soyons encore plus nombreux les années suivantes.

Je reviendrai sur un petit détail, mais je ne reviens pas sur le 28 novembre pour ne pas ouvrir certaines blessures. Ce qu’il faut savoir, c’est que les gens ont tous rasé ici, il n’y a plus rien. Ces digues que vous voyez là-bas, il y’a des briques cassées qui constituaient la caserne. Ils ont tout poussé pour en faire un terrain de football. Mais c’est la qu’il y’avait la caserne, la base. Ils ont tout démoli pour que la mémoire ne reste pas. Mais avec des gens comme vous, il faut être sûr que rien ne sera oublié. Rien ne sera oublié ne veut pas dire que rien ne sera pas pardonné. Ça peut se pardonner parce que nous avons une chose en commun. Nous avons une patrie  commune.

Aujourd’hui, le fait de voir ici des maures qui ne sont pas là pour torturer, le fait de voir des harratines qui ne sont pas là pour torturer, le fait de voir tout le monde là pour se donner la main et réclamer justice, ça me va droit au cœur. Je vous remercie au nom de tous ceux qui sont couchés autour d’ici. »

Toute reprise d’article ou extrait d’article devra inclure une référence à www.info2larue.wordpress.com

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