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Mauritanie: Aminétou Mint El Moktar invite la CADHP à suivre de prés la question de l’enrôlement

Aminétou Mint El Moktar; présidente de l'Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF)

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF) Aminétou Mint El Moktar a invité la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), lors de sa 50e session ordinaire à Banjul, du 19 au 21 octobre, à suivre de prés la question de l’enrôlement en Mauritanie. Voici l’intégralité de son intervention :

– Madame la présidente de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des peuples-Honorables Commissaires

– Mesdames et Messieurs les représentants des Etats Africains

– Mesdames et Messieurs les représentants des Institutions Internationales

-Mes chers collègues, responsables Des Organisations de Droits de l’Homme et de la Société Civile

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur de m’adresser à vous à mon nom personnel et au nom de mon organisation Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF), à l’occasion de la 50ème session ordinaire de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

A cette heureuse occasion, je voudrais vous faire part  que dans un pays comme le notre qui a été marqué, dans un passé récent par une politique de massacres et de déportations des milliers de négro- mauritaniens au Sénégal et au Mali dans la violence  la plus atroce. Rappelez-vous que les raisons inavouées étaient le dénie et la privation de la nationalité de centaines de milliers de citoyens négro-mauritaniens.

Nous voudrions devant cette auguste assemblée attirer votre attention sur la manière dont se déroule le recensement et l’enregistrement des citoyens mauritaniens qui rappellent sinistrement les évènements cités plus haut.

En effet, depuis le démarrage de cette opération, nous ne cessons d’exprimer notre préoccupation quant aux conditions dans lesquelles s’effectue le recensement.

Tout d’abord la commission chargée de l’enrôlement à l’état civil a été mise sur place sans tenir compte de la diversité ethnique. Et en son temps nous avions dénoncé que la composition des équipes d’accueil des citoyens ne reflétait guère le caractère de cette Mauritanie multicommunautaire.

En effet, sur les 54 membres qui dirigent aujourd’hui les opérations de recensement, seul quatre négro-Mauritaniens ont été nommés. A cela s’ajoute l’absence des textes clairs et précis expliquant et réglementant le processus d’enrôlement.

En outre, la mise en place de la commission de l’enrôlement n’était pas concertée avec les acteurs locaux,  et les membres qui la composent n’ont aucune expérience ni technicité dans le domaine et ne répond à aucun critère objectif valable pour la maintenir en place.

Pire encore, nous déplorons les pratiques discriminatoires exercées et les questions tendancieuses posées aux citoyens négro-mauritaniens par les agents chargés du recensement à l’encontre des populations.

Les questions qui leurs sont posées ont trait à leur religion, à leur localité d’origine ou à leur arbre généalogie dans le but de contester leur citoyenneté  mauritanienne. Ce qui crée beaucoup de frustrations au sein des populations et conduit les jeunes à manifester pacifiquement dans les rues, dans le cadre du Mouvement de Touche  pas à ma Nationalité. Face a ces frustration, l’Etat n’a de réponse que la répression policière sanglante et meurtrière. Avec une liste de victime qui commence à s’allonger.

On peut citer :

•Le jeune Lamine Mangane  tué par balle  lors d’une manifestation à Maghama par la gendarmerie,

•Ousmane Sow a reçu une grenade à la nuque avec une fracture  de la mâchoire,

•Abdoulaye Djibril Diagana dit Abass qui a été sauvagement battu  par la police,

•El Hadj Ba et Mamadou  M’Baye, blessés chacun à la tête par la police,

•Salif Diakité blessé au ventre suite à des coups de pieds  orchestrés par un groupe de policiers zélés.

Mesdames, Messieurs,

Ces opérations d’enrôlement constituent présentement une atteinte au droit à la nationalité de beaucoup d’enfants dont le seul tort a été d’être né d’un parent étranger ou de femmes mariés. Nous avons le cas d’un malien, père de 8 enfants qui a acquis la nationalité avant de contracter mariage avec une femme mauritanienne et  dont le 1er enfant âgé de 22 ans est en garde à vue au Commissariat I d’El Mina en attendant son rapatriement.

Nous demeurons aussi inquiétés par l’enregistrement à l’état civil des victimes de l’esclavage qui n’ont jamais bénéficiées du recensement et  les enfants abandonnés à la naissance constituent aujourd’hui l’un des points clés qu’il faut prendre en considération.

Sous un autre registre, l’Association des Femmes Chefs de Famille voudrait également attirer l’attention de l’assistance sur la problématique des filles mineures et des femmes victimes de la traite en Arabie Saoudite souvent expulsées de ce pays sans papier.

Nous aimerions donc que le Gouvernement mauritanien facilite l’accès à l’Etat civil de ces enfants donc le droit à la nationalité est inaliénable aux yeux de la Charte Africaines des Droits de l’Homme et des Peuples. Ces enfants issues de femmes mauritaniennes victimes de mariages arrangées avec des saoudiens ne sont pas reconnus par les législations saoudienne et deviennent de facto apatride même si leur mère est mauritanienne et du coup ont des difficultés d’accès à l’éducation faute de papiers d’état civil en arrivent en Mauritanie.

Compte tenu de ce qui précède, notre organisation réitère sa préoccupation par rapport au climat des événements 1989-1991 qui plane aujourd’hui sur notre pays suite à la multiplication des manifestations et la radicalisation d’une jeunesse secouée par l’injustice, les pratiques discriminatoires et le vent du printemps arabe en vogue

Aujourd’hui il est de l’intérêt de tous les mauritaniens que les auteurs des violations des droits de l’homme soient poursuivis et jugé pour que ce genre d’acte ne se répète plus dans notre pays.

Enfin l’Association des Femmes Chefs de Famille recommande :

-la dissolution immédiate de la commission chargée de l’enrôlement à l’état civil et  l’implication de tous les acteurs concernés sur la base des critères de compétences bien définis en tenant compte du paysage communautaire  mauritanien.

-La mise en place d’un comité de suivi composé des spécialistes de l’enrôlement et assisté par des experts internationaux. Ce comité doit s’inspirer de l’expérience des différents recensements qui ont eu lieu en Mauritanie particulièrement celui du RANVEC.

-Nous réitérons également notre demande à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de suivre de près cette question d’enrôlement à l’état civil qui peut mettre en cause la stabilité et la cohésion sociale en Mauritanie.

Mais aussi eu égard aux événements de 1989, de veiller à la mise en œuvre effective de ses recommandations pertinentes sur la Mauritanie contenue dans la compilation des décisions d’Alger 2000.

-Nous sommes préoccupés Madame la présidente, honorables commissaires par le caractère incomplet de la mise en œuvre des recommandations concernant la Mauritanie et demandons, conformément à l’article 112 des règles de procédure qui donne mandat a la Commission que le suivi des recommandations de 2000 soit effectués afin que l’Etat mauritanien se conforme a l’esprit et a la lettre de la Charte Africaine des Droit de l’Homme et des Peuple dont nous venons de célébrer les trente ans.

Je vous remercie

Toute reprise d’article ou extrait d’article devra inclure une référence à www.info2larue.wordpress.com

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